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Un professeur de la banlieu parisienne travaille à une méthode pour enseigner les bases de l'écriture à ses élèves de 6° et de 3°. Il est de cette génération de jeunes professeurs qui sont arrivés là sans a priori idéologique. Juste par amour des lettres et par envie de transmettre. Quand Marc-Olivier Vidal-Sephiha est arrivé au collège Georges-Pompidou de Villeneuve-la-Garenne, classé en «prévention violence», il avait certes lu quelques livres sur la question scolaire, mais il ne savait pas réellement à quoi s'attendre. «Le premier choc, explique-t-il, s'est produit à la lecture des copies.» Au départ, une dictée à destination de ses élèves de 6e, extraite de L'Étranger de Camus. Et cette phrase, «Lui est entré dans l'eau doucement», qui devient sous la plume des élèves, au choix, «I rante doume», «lui tétentré dans l'eau» ou «lui tentré doucement».

Mots disparus corps et bien

global

Dans les copies de 3e, les phrases, extraites de Maupassant, ressemblent à celles-ci: «Puis je me chouche et jatent comme on atendrai le bouro» ou «j'attend le sommeille comme on n'attenderé le douraut». Mots disparus corps et biens, sons retranscrits de façon totalement aléatoire… ces élèves n'ont tout simplement pas compris le fonctionnement du code alphabétique et le principe de la correspondance entre les sons et les signes. Ce sont 30% de ses élèves qui écrivent ainsi. Pis, après vérification par des exercices plus approfondis, 95% de ses collégiens de Villeneuve-la-Garenne, comme du collège de Châtenay-Malabry où il enseigne aujourd'hui, ne maîtrisent pas la correspondance entre phonèmes et graphèmes, entre les sons et les différentes manières de les transcrire.

Souffrent-ils de dyslexie? De dysorthographie? Une inspectrice de primaire m'a dit: «On les connaît, ce sont les 20% qui sortent du système sans aucun diplôme, raconte Marc-Olivier Vidal-Sephiha. Mais outre que cela est faux, puisque la proportion est bien plus importante, comment peut-on se contenter d'enfermer ces jeunes dans ce destin, dans cet échec?» Devant l'ampleur du désastre, il enquête, pour simplement comprendre.

Une orthophoniste, Colette Ouzilou, s'est penchée depuis des années sur la question. Son ouvrage, La Dyslexie, une vraie-fausse épidémie, vient d'être réédité en septembre 2010 par les Presses de la Renaissance. «La clientèle de nombreux orthophonistes a changé, analyse-t-elle. La quasi-totalité de ces enfants a peu ou pas de troubles fonctionnels : ils manquent toujours de bases élémentaires à l'usage de l'écrit.» Pour elle, l'explication est évidente: contrairement aux discours actuels qui prétendent que le débat sur les méthodes de lecture est dépassé, l'usage par 95% des professeurs de CP de méthodes mixtes, c'est-à-dire à départ global, serait à l'origine de ces perturbations. Autrement dit, le fait de demander aux enfants, dans les premières semaines de leur apprentissage de la lecture, de reconnaître certains mots par leur forme, sous prétexte que, pour apprendre, ils doivent prendre plaisir à lire un texte qui ait du sens, les entraîne à fonctionner par identification automatique, en faisant abstraction du code alphabétique.

"...."Lire la fin de l'article sur le figaro.fr

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  Samedi 19 mai 2012
 
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